Les AASQA prennent la mesure du climat

La loi confie aux AASQA (associations agréées de surveillance de la qualité de l’air) la mise en œuvre de la surveillance de la qualité de l’air et l’information du public dans les territoires. En d’autres termes, elles mesurent, inventorient, modélisent, prévoient, réalisent des études pour évaluer les actions d’amélioration de la qualité de l’air et pour faire progresser les connaissances. Ces organismes, présents dans toutes les régions de France, sont ainsi connus pour surveiller un certain nombre de polluants règlementés (ozone, particules, oxydes d’azote et de soufre, benzène, etc.) et délivrer régulièrement des « bulletins de santé » de notre air.

Mais au delà de cette « mission officielle », leur champ d’intervention s’étend dans deux autres directions importantes : des enjeux émergents d’une part comme les odeurs, les pollens, les pesticides, l’air intérieur, etc., qui ne font pas encore l’objet de réglementations en termes de mesure et surveillance, et les gaz à effet de serre d’autre part. Depuis longtemps déjà, les AASQA réalisent des inventaires des émissions de GES (les « polluants du climat ») au même titre que les inventaires de polluants « traditionnels » ou polluants de l’air. Les outils et savoir-faire développés pour leur mission première le permettant, cette évolution était somme toute assez logique (voir interview de Dominique Robin, Air PACA). Les AASQA et leur fédération ATMO France travaillent d’ailleurs actuellement à améliorer ces inventaires territoriaux d’émissions de GES afin de les inscrire dans des standards internationaux. Cette évolution semble une piste intéressante pour renforcer le lien entre les territoires et le niveau national dans l’effort de réduction des émissions auquel la France s’est engagée devant la communauté internationale.

Concrètement, les AASQA sont de plus en plus présentes aux côtés des collectivités locales et sont depuis des années des partenaires bien identifiés des démarches comme les PCET mais aussi les plans locaux d’urbanisme ou les plans de déplacement par exemple. Elle renforcent également leur présence auprès d’autres acteurs territoriaux comme les chambres d’agriculture, afin d’assurer une meilleure prise en compte des enjeux de qualité de l’air dans l’ensemble des politiques et actions locales.

Pourtant, Bernard Garnier, Président d’ATMO France, reste inquiet : l’intégration des enjeux de qualité de l’air dans les politiques climatiques et énergétiques n’est pas encore suffisamment effective. C’est pourtant la voie à suivre absolument pour éviter des actions contre-productives ou préjudiciables à notre santé et notre environnement. C’est pourquoi il continue à rappeler cette nécessaire intégration et a profité de la mobilisation pour le climat avec la COP21 à Paris pour marteler son message : Sommet mondial Climat et Territoires des 1er et 2 juillet 2015 à Lyon, Sommet des élus locaux pour le climat le 4 décembre à Paris, 17e Assises Européennes de la Transition Energétique fin janvier 2016 à Dunkerque…

Pour en savoir plus…

Lire l’interview de Bernard Garnier dans Le Monde ou bien le télécharger.

Consulter le dossier de presse d’ATMO France pour le Sommet mondial Climat et Territoires des 1er et 2 juillet 2015 à Lyon.

Découvrez comment des AASQA ont collaboré avec des collectivités pour intégrer la qualité de l’air dans les politiques climat-énergie en consultant les présentations données lors de la 17e édition des Assises Européennes de la Transition Energétique fin janvier 2016 à Dunkerque sur le thème « La société et les territoires en mouvement pour la transition énergétique ! ».

Air et climat : la législation évolue

Des sujets de plus en plus rapprochés dans les textes

La question de l’air et de sa qualité est plus ancienne dans la législation française que le climat. Elle repose principalement sur la loi sur l’air et l’utilisation rationnelle de l’énergie (dite loi LAURE) du 30 décembre 1996 ainsi que sur la législation sur les installations classées (pour ce qui concerne les pollutions industrielles). Sur la question du climat élaboré en 2004 que le Plan climat identifie des actions dans tous les secteurs pour lutter contre le changement climatique et respecter les engagements de la France dans le cadre du protocole du Kyoto. Mais c’est le Grenelle de l’environnement qui va véritablement introduire ces questions climatiques dans les textes législatifs qui suivront.

En 2007, à l’occasion des 10 ans de la loi LAURE, Philippe RICHERT, alors Président du Conseil National de l’Air remettait un rapport à la Ministre de l’Écologie et du Développement Durable : « Qualité de l’air et changement climatique : un même défi, une même urgence. Une nouvelle gouvernance pour l’atmosphère ». Dans la foulée de ce rapport et des travaux du Grenelle de l’environnement, la législation a commencé à progressivement intégrer climat et qualité de l’air :

  • la loi n°2010-788 portant engagement national pour l’environnement, dite Loi Grenelle 2, du 12 juillet 2010 entérine les Schémas régionaux du climat, de l’air et de l’énergie ;
  • en 2015, la loi sur la transition énergétique pour la croissance verte du 17 août 2015 :
    • instaure les PCAET en lieu et place des PCET, ajoutant l’air aux plans climat-énergie territoriaux ;
    • établit la compatibilité du PCAET avec les objectifs fixés par le PPA (lorsque tout ou partie du territoire qui fait l’objet du plan PCAET est inclus dans un PPA).

 

Un renforcement de la prise en compte des enjeux climat-air-énergie ?

Tout d’abord, notons que la loi du 7 août 2015 portant nouvelle organisation territoriale de la République, dite loi NOTRe, intègre le SRCAE au sein du schéma régional d’aménagement et de développement durable du territoire (SRADDT) qui remplacera l’actuel schéma régional d’aménagement et de développement du territoire (SRADT) et aura une valeur prescriptive pour les schémas ou documents d’urbanisme infrarégionaux (SCoT, PLU, PDU,… mais aussi PCAET), avec un lien de compatibilité. Cela devrait renforcer le poids des objectifs en termes d’atténuation des émissions de GES, de réduction des consommations d’énergie, de production d’énergies renouvelables et d’amélioration de la qualité de l’air dans l’ensemble des documents de planification et d’organisation du territoire.

La loi sur la transition énergétique pour la croissance verte du 17 août 2015, article 188, apporte des précisions sur la prise en charge des questions relatives au climat, à l’air et à l’énergie, modifiant le Code de l’environnement (section 4 du chapitre IX du titre II du livre II) :

  • ce sont désormais les établissements publics de coopération intercommunale (EPCI) à fiscalité propre regroupant plus de 20.000 habitants qui ont l’obligation d’adopter un plan climat-air-énergie territorial (au plus tard le 31 décembre 2018). Si cette disposition doit permettre, à terme, de couvrir l’ensemble du territoire (puisque les EPCI devront regrouper au minimum 20.000 habitants), néanmoins l’obligation pour les communes, les régions et les départements disparaît ;
  • le PCAET prend désormais en compte le SCoT (le cas échéant) et non plus le contraire comme avant cette loi.

A noter également que les EPCI, quand ils ont un PCAET, sont coordinateurs de la transition énergétique sur leur territoire. En revanche, ce sont les communes qui sont en charge des réseaux de chaleur et de froid, compétence qu’elles peuvent toutefois transférer à leur EPCI. Ces collectivités doivent élaborer un schéma directeur de leur réseau de chaleur ou de froid incluant notamment une évaluation des possibilités de développement de la part des énergies renouvelables et de récupération dans l’approvisionnement du réseau.

Cette même loi renforce la prise en compte de la qualité de l’air, affirmant notamment l’importance des objectifs du PPA :

  • un plan national de réduction des émissions de polluants atmosphériques (PNRPA) est arrêté par le ministre chargé de l’environnement. Les objectifs et les actions de ce plan sont pris en compte dans les SRCAE et dans les PPA ;
  • le PDU est compatible avec les objectifs pour chaque polluant du PPA lorsqu’un tel plan couvre tout ou partie du périmètre de transports urbains (replaçant la compatibilité avec les dispositions du plan régional pour la qualité de l’air) ;
  • Les dispositions relatives aux transports et aux déplacements des orientations d’aménagement et de programmation et du programme d’orientations et d’actions du PLU tenant lieu de PDU sont compatibles avec le SRCAE et, le cas échéant, avec les objectifs fixés par le PPA pour chaque polluant (replaçant la compatibilité avec les dispositions du plan régional pour la qualité de l’air).

Une étude sur les liens entre air et climat

Comment concilier qualité de l’air et enjeux climatiques en Provence-Alpes-Côte d’Azur ?

 

Air et climat, deux thèmes souvent rapprochés…

A l’échelle nationale ou régionale, les thèmes « Air » et « Climat » sont souvent affichés côte à côte, que ce soit dans les outils de planification du territoire (SRCAE par exemple), les services des collectivités (unité Climat et Air de la DREAL, service climat-air-énergie de la Région…), les publications techniques (revue Pollution Atmosphérique. Climat, Santé, Société) ou d’autres outils (Observatoire régional énergie-climat-air – ORECA –, pôle-métier Climat & Air du CRIGE-PACA…).

… mais des collectivités parfois démunies pour les associer

Mais dans les faits, à l’échelle des collectivités infrarégionales et acteurs du territoire, il semble que les liens entre ces thèmes ne soient pas toujours clairs, que les porteurs d’expertise, les acteurs impliqués et les outils soient trop souvent dissociés. Il en résulte des sujets d’incertitudes pour les collectivités : comment, par exemple, mettre en cohérence le plan climat-énergie territorial (PCET) de la collectivité et le plan de protection de l’atmosphère (PPA) en vigueur ? Quels types d’énergies favoriser pour répondre à la fois aux enjeux de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) et à ceux de santé publique ? Quelles sont les conséquences sur les émissions de CO2 des normes visant la réduction des émissions de particules ? Comment concilier le court terme et le long terme ?

Éclaircir et approfondir les liens entre les enjeux air qualité de l’air et changement climatique pour les territoires

Afin de favoriser la prise en compte par les territoires des enjeux de long terme relatifs au climat autant que ceux liés à la qualité de l’air, cette étude s’attache donc à faire un point complet sur les interactions entre ces deux thèmes en Provence-Alpes-Côte d’Azur. Il s’agit d’identifier les liens entre les deux sujets et de clarifier la nature de ces liens en termes de convergence ou de divergence. Il s’agit également de réaliser un état des lieux des connaissances sur ces liens afin de pouvoir apporter aux collectivités et autres acteurs du territoire, des éléments de compréhension reposant sur des bases scientifiques solides.

AIR propose un état de l’art des connaissances sur les liens entre air et climat à l’échelle des collectivités locales.

Cette étude résume les bases scientifiques qui sous-tendent les relations entre climat et qualité de l’air afin de permettre une meilleure compréhension des enjeux en Provence-Alpes-Côte d’Azur. Elle cherche à donner quelques clés aux non-scientifiques sur les molécules responsables de la pollution atmosphérique et de l’effet de serre et sur le lien entre paramètres climatiques et épisodes de pollution locale. L’étude passe ensuite en revue les mesures pouvant être promues par les collectivités et présentant soit des co-bénéfices, soit des divergences entre les objectifs de lutte contre le changement climatique et ceux d’amélioration de la qualité de l’air. Enfin, elle fait le point sur les acteurs, les méthodes et les outils dont dispose le territoire pour répondre à ces deux enjeux.

Télécharger le rapport complet

Télécharger la synthèse

Interview : Isabelle Roussel, APPA

APPA_revueIsabelle Roussel, professeur émérite à l’Université de Lille 1, est Présidente de l’Association pour la prévention de la pollution atmosphérique (APPA) depuis 2012 et directrice de la publication la revue scientifique “Pollution Atmosphérique, climat, santé, société”. Cette association a été créée en 1958 et reconnue d’utilité publique en 1962. Outre la réalisation d’études et projets de recherche sur la pollution atmosphérique et ses effets sur la santé humaine et l’environnement, l’APPA assure une veille scientifique et un transfert des connaissances vers les professionnels et le grand public par l’organisation d’évènements ou à travers diverses revues et newsletters.

Depuis quand voyez-vous émerger un lien entre les questions climatiques et la qualité de l’air dans les travaux scientifiques et dans les préoccupations des acteurs des territoires ?

Les deux thèmes ont une histoire bien différente : ce sont les modèles à l’échelle hémisphérique qui ont alerté sur le changement climatique alors que c’est la pollution de proximité qui a initié les politiques de maîtrise de la qualité de  l’air. Cependant, ces deux thèmes se rencontrent de plus en plus car une de leur difficulté commune consiste, à l’heure actuelle, à intégrer l’ensemble des échelles depuis la planète jusqu’à l’intérieur des maisons. En effet, on se rend compte que la climatisation du monde et l’adaptation au changement climatique nécessite une démarche bottom-up alors que les politiques climatiques initiales relevaient d’une démarche top-down. A l’inverse, la proximité est tout à fait insuffisante pour gérer la pollution atmosphérique puisque, même dans les villes, la pollution exogène représente souvent au moins 30% des concentrations. Le transport de la pollution sur une longue distance est une préoccupation essentielle concrétisée par la convention de Genève et la mise en place des réseaux de mesure EMEP et MERA suite à l’épisode des pluies acides.

La jonction entre ces deux thèmes s’effectue également par le retour aux sources puisque plusieurs polluants avec une courte durée de vie ont une influence sur le climat : O3, CO sans oublier le méthane. De manière générale, on s’aperçoit que la transition énergétique a un effet bénéfique sur ces deux aspects. Les chinois ne s’y sont pas trompés et leur levier le plus efficace pour mobiliser et pour respecter les engagements internationaux comme celui de l’accord de Paris est la réduction de la pollution atmosphérique qui fait souffrir la population. Selon une étude de 2010, on estime en effet que 12,6 millions de chinois sont morts en 2012 parce qu’ils vivaient ou travaillaient dans un environnement insalubre. Limiter l’utilisation des fossiles est bénéfique pour la qualité de l’air.

Certes des conflits existent entre ces deux objectifs et il convient d’être vigilant. Le livre de Guillaume Sainteny[1], Le climat qui cache la forêt, comment la question climatique occulte les problèmes d’environnement, attire l’attention sur d’éventuels effets pervers lorsque les politiques climatiques masquent la maîtrise de la pollution atmosphérique. Cependant, si la vigilance s’impose pour réduire les effets pervers, des synergies existent lorsque ces deux thèmes sont construits ensemble. On peut espérer que les futurs PCEAT (Plans, climat air, énergie, climat), imposés aux agglomérations par la loi de transition énergétique permettront de mieux mettre en avant la nécessaire simultanéité des actions.

Quelles en ont été les conséquences pour les activités de l’APPA et de sa revue “Pollution Atmosphérique, climat, santé, société” ?

Ce thème a fait l’objet de communications et de journées d’étude dès 2009. L’APPA avait organisé à Strasbourg une rencontre européenne sur ce thème qui a donné lieu à un numéro spécial de la revue : Revue Pollution Atmosphérique – Avril 2009 : « Pollution atmosphérique et changement climatique : Comment traiter les deux enjeux simultanément ? ».

A la suite de cette journée, le conseil scientifique de la revue a décidé d’élargir le champ d’investigation au climat et à la santé, toujours en lien avec la pollution atmosphérique. C’est donc en 2009 que le titre de la revue a évolué pour affirmer cette nouvelle orientation.

D’autre part, lors d’un think-tank organisé sur la santé environnementale en 2011, une séance avait été consacrée à ce thème. Le compte rendu de cette séance est en ligne (télécharger). Un numéro spécial Climat a été publié en 2013 et plusieurs autres interventions ont eu lieu sur ce sujet, au conseil supérieur de la Météorologie en mars 2014, au Réseau Action Climat en septembre 2014, à Lille etc.

L’association a également un rôle d’accompagnement des acteurs, de valorisation des initiatives locales et de suivi des politiques publiques. Sentez-vous que ce lien est aujourd’hui une réalité à toutes les échelles d’action publique ? Par quel type d’action peut-il se traduire ?

Paradoxalement, c’est dans l’accompagnement sur l’air intérieur que le lien entre les économies d’énergie et l’éventuelle dégradation de la qualité de l’air a attiré l’attention de l’APPA. L’isolation ou le changement de mode de chauffage (valorisation du bois énergie) ne doit pas s’effectuer au détriment de la qualité de l’air intérieur et de la santé des habitants. Effectivement le chauffage au bois est, hélas, un bon exemple des hésitations dans la communication institutionnelle qui ont irrité plutôt que sensibilisé.

[1] Sainteny G., 2015, Le climat qui cache la forêt, comment la question climatique occulte les problèmes d’environnement, Rue de l’échiquier, 267p. qui a donné lieu à un compte rendu en ligne (télécharger). 

Interview : Dominique Robin, Air PACA

Photo_DRobinDominique Robin est directeur général d’Air PACA, l’association agréée de surveillance de la qualité de l’air (AASQA) en Provence-Alpes-Côte d’Azur.

La vocation première d’Air PACA est la qualité de l’air à l’échelle régionale. Comment et quand cet intérêt pour le climat est-il apparu au sein de l’association ?

Avant toute chose, soulignons que Air PACA, avec l’entrée qualité de l’air, est l’un des acteurs du SRCAE (schéma régional climat-air-énergie), outil qui a vocation justement à intégrer ces enjeux à l’échelle régionale. Plus concrètement, je pense qu’une évolution importante, pour Air PACA, s’est produite au milieu de années 2000. Notre intégration dans l’Observatoire régional de l’énergie (ORE) nous a alors permis de « pousser » l’air dans les questions énergétiques et climatiques et, en même temps, de mieux valoriser le travail d’inventaire des émissions de GES de notre association, travail que nous réalisons depuis 1999.

Cet intérêt pour le climat me semble inévitable et nécessaire pour deux raisons.

D’une part il répond à une logique d’outil. Le travail que nous menons dans le cadre de nos missions sur l’inventaire des émissions polluantes nous permet de traiter en parallèle les émissions de GES, les outils sont disponibles. Cela concerne surtout les émissions directes sur le territoire actuellement. En matière de GES, Air PACA engage progressivement des mesures, dans le cadre de sa mission d’observatoire, en partenariat avec des équipes de recherche.

D’autre part, il existe une synergie sur les actions à mener pour l’amélioration de la qualité de l’air, la lutte contre le changement climatique et la transition énergétique. Pour simplifier, lorsqu’on décarbone l’énergie, on améliore globalement la qualité de l’air.

Cependant à y regarder de plus près, on constate que, sur certaines actions, les objectifs air et les objectifs climat peuvent être contradictoires. Ces conflits ont été mis au jour en particulier par deux sujets : les véhicules diesels, bénéficiant de mesures fiscales incitatives pour leurs émissions de CO2 réduites par rapport aux véhicules essence, et qui se sont révélés particulièrement nocifs pour la santé ; la question du bois-énergie, qui peut poser un problème significatif dans les villes en hiver où le bois-énergie et le brûlage des déchets verts peuvent représenter jusqu’à 40 ou 50% de contribution à certaines émissions polluantes.

Ces exemples ont montré les problèmes soulevés par des actions ciblées sur des considérations liées uniquement au climat et à l’énergie sans prendre en compte l’air. Ils ont surtout contribué à montrer que certaines politiques publiques se percutent par manque d’intégration entre climat et air.

Au sein d’Air PACA, nous voulons promouvoir cette intégration dans les politiques locales, en particulier dans les politiques d’aménagement du territoire et d’urbanisme (la densification urbaine et la moindre place accordée aux voitures au cœur de la ville impliquent des grands axes densifiés dont le trafic intense peut générer une exposition élevée) ainsi que dans la construction (des bâtiments modernes toujours plus étanches, nécessitant une attention accrue pour la qualité de l’air intérieur).

Comment envisagez-vous l’évolution de vos activités dans les années à venir ?

Air PACA se développe selon quatre grands axes stratégiques.

En premier lieu, dans le métier premier des AASQA, la surveillance de la qualité de l’air, nous devons intégrer de nouvelles dimensions, comme l’agriculture qui constitue un secteur sur lequel nous n’avons pas encore suffisamment travaillé. C’est d’ailleurs un domaine dans lequel l’intégration entre l’atténuation des émissions de GES et la qualité de l’air est particulièrement nécessaire pour éviter des conflits. Par ailleurs, nous allons également poursuivre notre démarche d’évaluation de l’exposition dans une approche de plus en plus individuelle, grâce à l’évolution des outils numériques.

Pour notre deuxième axe, celui de l’information, la sensibilisation et la formation, nous voulons faire progresser le partage des enjeux dans la société à tous les niveaux. Pour vous donner un exemple, les ZAPA (zones d’action prioritaire pour l’air) ont finalement été jugées socialement inacceptables car elle se sont traduites par des mesures imposées et standardisée plutôt que par une démarche collective et partagée à l’échelle du territoire concerné. Les citoyens doivent être acteurs de la qualité de l’air plutôt que de subir des mesures contraignantes mal comprises. Notre priorité, dans ce domaine, porte sur les acteurs des établissements recevant du public (ERP) et, en particulier, sur les enfants (écoles, etc.).

Dans le domaine de l’accompagnement des acteurs locaux, qui constitue notre troisième axe, nous voulons renforcer encore l’aide à la décision. Pour l’amélioration de la qualité de l’air, le levier technologique reste moteur mais il est à la main d’acteurs plutôt nationaux et internationaux (amélioration des motorisations, etc.) et il ne peut constituer le seul levier. Air PACA promeut depuis des années le levier de la planification. Il s’agit de redonner du sens à la question de l’action pour l’air, notamment à travers la préservation de la santé. Nous sommes persuadés qu’il faut pour cela travailler de manière ascendante, le plus localement possible, avec le citoyen qui devient acteur de la qualité de l’air. Ceci est de plus en plus possible avec les outils numériques et c’est une voie que nous allons suivre.

Enfin notre dernier axe de travail porte sur l’amélioration des connaissances. La connaissance évoluant, elle se complexifie. Sur beaucoup de sujets, il n’existe plus de cadrage réglementaire. Même si celui-ci est limitant, la question des référentiels est essentielle et les normes sont en retard sur l’évolution de la connaissance et la multiplicité des polluants. Par exemple, de nombreux pesticides sont présents dans l’air mais il existe très peu d’évaluations sanitaires de l’évaluation de ces composés ; peu de seuils de toxicité sont fixés. Dans le domaine de l’industrie, on a longtemps utilisé le soufre comme un indicateur général mais on sait aujourd’hui que cela masque certains composés, émis à l’état de trace mais bio-accumulables et potentiellement dangereux. Nous devons donc continuer à travailler avec des partenaires pour améliorer la connaissance.

De manière transversale à ces 4 axes, le lien entre air et climat est permanent ; ces questions sont rarement déconnectées et nous essayons de toujours garder à l’esprit et promouvoir l’intégration de ces questions.

Air PACA a développé des outils très pointus de modélisation pour les émissions de polluants et la qualité de l’air et propose également des outils d’inventaire des consommations d’énergie et d’émissions de GES. Quelles pourraient être les voies d’amélioration de tous ces outils ?

Jusqu’à présent, notre mission d’observation nous a permis d’avoir une image de plus en plus fine (d’un point de vue géographique et temporel), de la qualité de l’air. Mais aujourd’hui, la tendance de l’ère numérique constitue une trajectoire forte. Nous avons accès à une information de plus en plus personnalisée, soit via des applications (avec des applications santé par exemple), soit via des capteurs qui sont de plus en plus démocratisés.

Ainsi, la principale voie d’amélioration que nous suivons repose sur l’idée de connecter les observations qui arrivent sur le territoire (mesures produites par divers acteurs, tant publics que privés) pour alimenter une cartographie toujours plus fine et quotidienne. L’enjeu est d’assimiler ces observations, qui présentent des niveaux variés de qualité et de fiabilité mais également de caractéristiques. L’objectif reste de produire une information d’intérêt général de référence. Aujourd’hui ce domaine évolue très vite, un peu dans tous les sens, et il s’agit tirer le meilleur parti des innovations technologiques pour remplir nos missions.

Sur les gaz à effet de serre et l’énergie, l’enjeu porte surtout sur la territorialisation, dans une logique d’acteurs. Aujourd’hui l’information est principalement régionale. L’enjeu est donc d’affiner l’observation du point de vue géographique en se connectant au local et aussi de faire remonter les actions du terrain. L’objectif est d’éclairer les politiques publiques en mettant en lien les observations et les actions locales.

Retrouvez d’autre interviews de Dominique Robin sur ce sujet :

  • Par le magazine Provence Durable : ICI
  • Sur le blog su pôle métier Climat & Air du CRIGE-PACA : ICI

Edito n°11 – La lettre des COPains

La COP21, grand-messe internationale sur le climat qui se tiendra à Paris en décembre 2015, mobilise la sphère associative. Elle interpelle aussi le monde politique français, qui s’empare de ce défi planétaire, au moins dans ses discours. Les initiatives commencent se multiplier pour communiquer sur cet événement, informer les citoyens, inciter à l’action. Notre sentiment est mitigé sur les effets possibles de cette mobilisation. D’une part il semble que, face au manque d’engagements fermes des états et au peu d’efficacité des processus internationaux, l’échelon local, celui des régions françaises, des collectivités, des mouvements associatifs, commence à agir pour chercher et tester des solutions. Mais d’autre part, la mise en marche de la société est encore un vœu pieu. Si les citoyens ont bien intégré la réalité du changement climatique, les implications sur leurs choix quotidiens restent pour l’instant très limitées. Eteindre les appareils en veille et acheter de l’électroménager A++ semble déjà, pour beaucoup, constituer un effort suffisant et salutaire. Changer son rapport au voyage, limiter sa consommation de viande rouge ou penser sérieusement à isoler sa maison sont encore loin d’être envisagés. L’opportunité de communication et de pédagogie que représente la COP21 à Paris peut-elle permettre à notre société de franchir un cap ? Cela suffira-t-il pour que chacun d’entre nous comprenne que c’est une remise en cause profonde de nos modes de vie qui est nécessaire pour faire face au changement climatique ? C’est souhaitable, car l’issue de cette conférence tant attendue pourrait nous laisser un goût amer.

Toute solution ambitieuse à l’enjeu climatique articulera arbitrages individuels et choix collectifs. Pour éclairer l’articulation entre les politiques internationales, la recherche scientifique et la mobilisation des citoyens, nous avons interrogé plusieurs chercheurs impliqués à différents niveaux dans la préparation de ce rendez-vous.

Durablement vôtre,

l’association A.I.R. Climat

Site officiel de la COP21

Interview : Franck Lecocq

Franck LECOCQ est ingénieur en chef des Ponts, des Eaux et des Forêts, et directeur du CIRED (Centre international de recherche sur l’environnement et le développement). Ses recherches sont consacrées à l’économie du changement climatique, notamment à la distribution des efforts de réduction des émissions et à l’équité, aux liens entre changement climatique et développement, aux marchés du carbone, à l’adaptation et à la place des forêts dans les politiques climatiques. Franck Lecocq est auteur principal du quatrième et cinquième rapport du GIEC et est également membre du Conseil Economique pour le Développement Durable auprès du Ministre de l’Environnement.

  • Vous faites partie du comité d’organisation de la conférence scientifique Our common future under climate change en juillet à Paris. Pourquoi cette conférence à quelques mois de la COP21 ?

Il s’agit d’une conférence scientifique internationale à l’invitation de la communauté française du GIEC. Elle répond à quatre grands objectifs.

Le premier objectif est de faire le point sur point sur la science, la connaissance, autour du changement climatique : l’état du problème, les risques associés, les solutions envisageables. Certes, le quatrième rapport du GIEC est récent (2013-2014) mais il y a eu de nouveaux résultats depuis et, surtout, il est important de rappeler les messages principaux de ce travail, particulièrement cette année.

Le deuxième objectif est de créer un grand brassage scientifique, de favoriser les rencontres des chercheurs bien au delà de ceux qui sont impliqués dans le GIEC. Et avant tout, notre volonté est de réunir toutes les disciplines scientifiques. Si des collectifs transdisciplinaires existent déjà au sein de la communauté scientifique, les rencontres et conférences restent le plus souvent disciplinaires. Nous voulons donc permettre, à cette occasion, des échanges dans une communauté la plus large possible.

Le troisième point relève plus d’une question de programmatique. C’est le bon moment pour essayer de réfléchir aux lacunes de connaissance, à ce qui reste à faire en termes scientifiques. On se positionne sur ce point bien au-delà de l’échéance de décembre, pour s’intéresser à la programmation de la recherche à l’échelle internationale. L’International Council for Science (ICSU) lance son programme Future Earth qui doit rassembler les grands programmes internationaux sur le changement global, qui alimenteront notamment le prochain rapport du GIEC. Il est donc essentiel de bien orienter cette programmation afin que les travaux de recherche des 10 ans à venir répondent à ces manques identifiés aujourd’hui.

Enfin le dernier, mais non moins important, de nos objectifs est l’ouverture vers les parties prenantes, comme les ONG, les gouvernements, les entreprises, etc. Il ne s’agit pas de rester entre scientifiques mais bien d’ouvrir le dialogue en dehors de la recherche. C’est particulièrement important pour répondre aussi aux objectifs précédents, comme rappeler les messages portés par le GIEC et discuter de la programmation de la recherche à venir.

Pour répondre à tous les objectifs, au-delà de la conférence elle même, de nombreux évènements parallèles sont organisés comme autant de lieux de dialogue.

  • Au-delà de cet événement, comment les scientifiques interagissent-ils avec les équipes de négociation pendant le déroulement des COP ? En particulier, quel est le rôle des économistes dans le processus ?

Les délégations officielles intègrent des scientifiques parmi leurs membres des délégations (NDLR : Franck Lecocq était à la COP de Varsovie). Leur rôle est de rappeler un certain nombre de messages sur le phénomène en jeu dans les négociations. Cependant, dans la phase finale du processus, ce n’est pas la communauté scientifique qui est en première ligne même s’il peut arriver que, individuellement, certains chercheurs soient plus présents dans les discussions.

Le rôle essentiel des scientifiques est en amont des COP, et il porte surtout sur le cadrage des questions qui seront discutées. Toutes les questions scientifiques sont débattues entre chercheurs de manière continue. En parallèle, la communauté scientifique discute dans son pays avec les décideurs, les négociateurs, qui sont parfois eux-mêmes des scientifiques. Il existe donc une certaine perméabilité entre la communauté scientifique et celle des négociateurs, qui permet des échanges préparatoires aux grands rendez-vous internationaux.

Dans le cas des économistes, ce cadrage porte notamment sur les instruments économiques, les types de politique économiques qui peuvent être mises en route, comme par exemple mettre un prix sur le carbone. Ou le choix qui est fait à partir de Rio en 1992 puis à la première COP en 1995 à Berlin de partir plutôt vers un système de quotas et de marché d’échange plutôt que vers un système de taxes coordonnées, qui sont deux systèmes possibles. Le monde des économistes cadre et éclaire ces options et leurs conséquences possibles.

L’influence des scientifiques est assez forte à ce stade, même si d’autres considérations entrent en jeu. Par exemple, le choix même d’afficher +2°C en fin de siècle comme le seuil à ne pas dépasser n’a pas vraiment de fondement scientifique. Des travaux montrent que plus la température augmente plus le risque est grand et qu’il y aurait probablement une accélération du phénomène entre +1,5°C et +3°C, mais le choix de fixer +2°C (plutôt que +2,2°C ou +2,2°C par exemple) relève de critères autres que strictement scientifiques.

  • Peuvent-ils avoir une réelle influence sur le contenu des négociations ?

Oui, il y a effectivement une influence, ce que disent les scientifiques a un impact, soit direct, soit indirect (parce qu’ils parlent aussi aux entreprises, aux ONG…). Heureusement ! La science est un acteur important de la négociation, parce le changement climatique constitue un problème complexe, construit scientifiquement. C’est un problème qui est posé par la science.

Cependant, il faut prendre en compte le fait que, selon les disciplines et les domaines de recherche, les messages portés par la communauté scientifique sont plus ou moins partagés. Si certaines questions font consensus au sein de cette communauté, il existe également des positions nuancées, voire des controverses. Le négociateur va donc entendre ces différentes voies, écouter les arguments des équipes scientifiques, puis le faire son choix.

Illustrons ce point pour le cas de l’économie, discipline au sein de laquelle on ne peut pas dire qu’il y ait un message monolithique, un consensus complet à apporter sur les instruments à mettre en œuvre.

Certains messages font assez consensus. C’est le cas de la nécessité d’avoir un signal prix sur les émissions de GES et un renvoi vers ceux qui émettent, que ce soit les ménages, les entreprises, les gouvernements. Par contre, des nuances importantes, voire des lignes de fracture, apparaissent lorsque l’on se demande si ce signal prix est suffisant. Sur ce point, le CIRED porte l’idée que ce signal ne suffit pas. D’abord parce qu’aujourd’hui le prix du carbone est relativement faible. Et parce qu’on constate que la mise en place des taxes carbone est compliquée à réaliser. Par ailleurs, on attend beaucoup de choses de ce seul signal et, en cela, nous le considérons insuffisant pour faciliter, demain, l’existence d’un monde moins émetteur. Il faut d’autres instruments, des financements complémentaires, pour influencer les entreprises quand elles investissent pour choisir des technologies moins carbonées, la R&D (dont on sait que c’est compliqué à influencer), l’aménagement du territoire, etc.

Prenons deux exemples pour illustrer cette question du signal prix.

  • Dans le premier cas, au supermarché, le consommateur doit choisir entre deux produits dont l’un est plus carboné. Le poids des taxes carbone dans le prix orientera probablement le choix de ce consommateur vers le produit le moins carboné. Le signal prix semble ici suffisant.
  • Dans le second cas, intéressons-nous à la ville et aux transports quotidiens de ses habitants. Dans une ville peu dense avec peu de transport en commun (comme Atlanta par exemple), si demain une taxe carbone est mise en œuvre, les habitants vont soit déménager (ce qui peut être compliqué) soit continuer à prendre la voiture en payant plus cher leurs déplacements. Dans une ville plus compacte, avec de nombreux transports en commun, l’application d’une taxe carbone devrait pousser les habitants les gens à abandonner plus facilement leur voiture. Dans ce deuxième cas, le signal prix est insuffisant. La problématique touche aux politiques urbaines, aux politiques de la ville, des transports… et non plus les politiques climatiques. Il est donc important de compléter les taxes carbone avec d’autres instruments, comme des instruments de financement de diverses politiques.

Enfin, je souhaite insister sur un point complémentaire.

Le rapport du groupe III du GIEC (sorti en 2014) cherche à répondre à la question : sous quelle condition est-il possible pour l’humanité de rester en deçà des 2°C ? Il traite essentiellement la question du long terme et envisage les technologies disponibles d’ici 20 ou 30 ans pour chercher à arriver à des émissions quasi nulles vers la fin du siècle.

Mais lorsque l’on pose la question de la trajectoire pour y arriver, de la façon d’avancer tout de suite avec notre contexte socio-économique et nos technologies actuels, de ce que l’on peut faire dans les 5 – 10 ans à venir, il y a peu de choses. Depuis 2007-2008, les questions de recherche, la structuration de la recherche et les programmes nationaux et internationaux, ont été largement structurés sur la question du long terme (notamment les appels d’offre européens). Ces programmes et instruments financiers sont très structurants pour nos travaux, donc pour les articles que nous publions et, par conséquence, pour les rapports du GIEC.

Afin de travailler plus sur l’articulation avec le court terme, sur les trajectoires vers des états futurs, adapter la programmation de la recherche est essentiel. On assiste de plus en plus à un mouvement de la société vers la recherche pour revenir à des questionnement en lien avec le court et moyen terme. Cela explique aussi la nécessité d’insister les troisièmes et quatrième objectifs de la conférence scientifique du mois de juillet.

Des initiatives originales pour préparer la COP21 à Paris

Les initiatives institutionnelles, scientifiques, associatives, citoyennes… sont nombreuses pour préparer cette grande conférence sur le climat. Nous n’avons pas cherché à recenser tout ce qui se fait mais présentons ici quelques idées variées, originales, intéressantes, constructives.

Les forums ouverts du CNRS

Vous vous interrogez sur les conséquences du changement climatique sur votre environnement et sur la biodiversité ? Le CNRS, le Centre d’Écologie et des Sciences de la Conservation, le Muséum national d’Histoire naturelle et leurs partenaires régionaux proposent à chacun de s’impliquer dans une expérience de démocratie scientifique originale et inédite sous la forme de « Forums Ouverts ».

L’objectif ? Mettre au point un nouvel observatoire participatif de la biodiversité en relation avec les changements climatiques, qui émergerait d’une réflexion commune à tous les citoyens quelles que soient leur profession ou leurs connaissances.

< Plus d’info >

PLACE TO B : une dynamique nourrie par tous ceux qui veulent faire passer le message autrement…

Mise en place depuis le 26 novembre 2014 à Paris à l’occasion de la COP21, la plateforme Place to B a pour vocation d’accueillir tous les talents de la société civile afin de faire passer, suivant des grilles de lecture différentes, un message sur les enjeux climatiques et des solutions. C’est un lieu de résidence, un espace de co-working et un lieu d’accueil d’une programmation riche de conférences, débats, spectacles, échanges, rencontres, etc.

< Plus d’info >

Solutions COP21, le hub des solutions climat

Dispositif initié dans la perspective de la COP21, solutions COP21 a vocation à montrer à un large public les multiples produits, services, process et innovations existants et en projet à travers le monde pour lutter contre le dérèglement climatique et ses impacts.

Initié par le Comité 21, avec le Club France Développement durable (regroupement de plus de 80 réseaux français), en lien avec les hautes autorités de l’Etat, « Solutions COP21 » est un dispositif de valorisation des initiatives, solutions et innovations pour le Climat de tous types d’acteurs (réseaux, entreprises, institutions, collectivités territoriales, associations, organismes de formation, ou centres de recherche et d’innovation…).

< Plus d’info >

Make It Work ! et les simulations de négociations

Dans le cadre du projet Make it Work! lancé par Sciences Po, un groupe de chercheurs, de professeurs, d’élèves de militants, d’artistes a organisé fin mai aux Théâtre des Amandier une expérience tout à fait originale de simulation alternative de la future négociation de la COP21 en décembre, à Paris sur le climat. Ils ont cherché à repousser quelques unes des limites actuelles de la négociation, en particulier en essayant de représenter en tant que puissances les entités du ci-devant monde naturel. C’est une simulation, bien sûr, mais c’est aussi une oeuvre d’art, une expérimentation de recherche action et une aventure passionnante. La négociation, en anglais, est alimentée par un certain nombre de grandes conférences avec des philosophes, des artistes et des scientifiques.

Plus d’informations sur le site de Make It Work!, une initiative de Science Po destinée à mobiliser les universités en vue de la COP21.

A voir aussi, le site de Bruno Latour, professeur à l’Institut d’Etudes Politiques de Paris (Sciences Po) et instigateur du projet.

Coalition Climat 21

Coalition Climat 21 est un regroupement d’associations de solidarité internationale, d’organisations de défense de l’environnement, de syndicats, des mouvements citoyens et de jeunesse, ainsi que d’organisations et réseaux confessionnels… L’objectif : contribuer à un rapport de force favorable à une action climatique ambitieuse et juste, et à la transformation durable des politiques publiques afférentes.

Coalition Climat 21 propose plusieurs moments forts dans l’année 2015 pour informer et mobiliser les citoyens, avant, pendant et après la conférence de Paris en décembre.

< Plus d’info >

Interview : Amy Dahan

Amy DAHAN est directrice de recherche CNRS au Centre Alexandre Koyré. Depuis quelques années, elle y anime une équipe de sciences sociales diversifiée et une activité de recherche sur « Changement Climatique, Expertise et Fabrication des Futurs ». Elle suit notamment les COP annuelles des négociations climatiques ainsi que les conférences du GIEC de ratification des Summaries for Policy-makers.

  • Depuis des années vous suivez les COP et proposez des bilans de ces négociations. Pourquoi faire cette analyse a posteriori ?

Je viens de l’histoire des sciences et de l’étude des relations entre sciences, techniques et sociétés en particulier dans la deuxième moitié du XXe siècle. Je suis entrée dans ce domaine d’abord par le biais des modèles de climat, de la construction du consensus scientifique, etc. Ce qui m’intéresse, c’est la question des interactions entre science et politique. Avec ce regard, je suis le processus de négociation depuis 2004 et je publie des rapports, avec mes étudiants et jeunes chercheurs, chaque année depuis 2008 à la suite des COP. Mais cette année, j’ai publié avec un jeune chercheur (Stefan Aykut) un livre beaucoup plus important et distancié (*). Il capitalise 10 années de travail sur le processus de négociation et nous permet de prendre du recul pour analyser l’enjeu politique de gouvernance.

Les négociations des années 90 qui ont abouti à Kyoto se sont focalisées sur le processus de ratification, s’appuyant sur une gouvernance internationale qui se réunit chaque année avec l’ambition de distribuer des droits d’émission dans un traité top-down global, créant un fonctionnement qui aboutira finalement au blocage du système. Cette approche a tout de même fonctionné un temps, portée part une période chargée d’espoirs politiques (chute de l’URSS, multilatéralisme, succès de la conférence de Rio…). Les USA, première puissance émettrice, s’apercevant que ce traité pourrait gêner leur compétitivité, refusent de signer sans les pays émergents et se retirent du protocole de Kyoto en 2001. Si ce choix a décrédibilisé énormément le processus, surtout auprès des pays émergeants, la gouvernance a pourtant continué à travailler comme si de rien n’était et on a ainsi assisté à deux schémas de négociations qui se poursuivent en parallèle : les MOP (avec ceux qui ont ratifié le protocole) et les COP.

La COP de Copenhague en 2009 marque un tournant dans l’ordre géopolitique mondial, désormais dominé la le couple Etats-Unis/Chine. Tous les pays en développement qui ont fait preuve d’un grand activisme et fait monter progressivement l’enjeu de l’adaptation qui était auparavant tabou, changent leur point de vue. Ils actent le caractère inexorable du changement climatique et se posent comme ses premières victimes, confortés dans cette position par les scientifiques. Depuis, on a changé de paradigme et a émergé une approche bottom-up : les pays annoncent eux-mêmes les efforts auxquels ils veulent consentir. Mais ils manquent d’ambitions et leurs objectifs ne suffisent pas pour espérer maintenir le réchauffement en deçà des 2°C. Et, le temps passant, la situation empire impliquant chaque année un effort plus important et les scientifiques commencent à alerter sur un point de non retour très proche, à d’ici 2 ou 3 ans. On assiste désormais à une course de vitesse entre le lourd processus de négociation et la lenteur de cette gouvernance et la dégradation accélérée et irréversible du climat.

Ce retour sur le passé nous permet d’identifier les problèmes, de décrypter les blocages et les échecs du processus.

Le point clé de notre analyse est la mise en évidence d’un schisme de réalité : il existe une distorsion, une disjonction fondamentale entre le processus de gouvernance et le monde réel. Cette gouvernance internationale entretient l’illusion que le processus avance et cherche à répondre à l’enjeu climatique planétaire grâce à une solution globale. Elle ignore les transformations du monde. Elle ne tient pas compte des accélérations majeures que notre monde a connu depuis 10 à 15 ans du point de vue de la globalisation, de la croissance inédite des pays émergents (Chine notamment), de l’évolution du paysage énergétique et d’autres transformations (économie néo-libérale, concurrence effrénée entre les pays agrippés à la compétitivité économique, forte différenciation entre les pays en développement avec les émergents qui deviennent des puissances économiques et politiques…). Le terme même de gouvernance, issu du vocabulaire des entreprises, entretient l’idée d’une gestion apolitique. Il occulte totalement le fait que le changement climatique ne peut être décorrélé d’un processus historique fait d’asymétries de pouvoir, d’injustices, de forts et de faibles. Il soulève des questions de compétitivité, du maintien d’économies dominantes (pays pétroliers), voire de nouvelles opportunités commerciales (nouvelles routes maritimes et plus de terres arables en Russie). Pour les pays émergents, le changement climatique s’inscrit dans une hiérarchie d’autres enjeux (pauvreté, santé, vulnérabilités…) mais n’est pas toujours au sommet ; leur objectif prioritaire reste généralement de se développer. Il est urgent de repolitiser la question du changement climatique car c’est bien un enjeu politique plus qu’un enjeu seulement environnemental.

La gouvernance onusienne a beaucoup privilégié la lecture environnementale de la question climatique, appuyée en cela par les ONG. Le problème climatique a été posé comme un problème de pollution (comme les questions liées aux pluies acides ou à la couche d’ozone qui ont été prises en main avec un certain succès) et c’est l’autre obstacle majeur à l’efficacité du processus. Car le changement climatique n’est pas un problème de pollution ; c’est tout notre mode de vie, nos modes de productions… qui sont construits sur les énergies fossiles et qui sont donc remis en cause. On ne peut pas séparer le climat des autres considérations : commerce, urbanisation, démographie, production… Mais, posé comme un problème environnemental et pris en charge par une gouvernance ad hoc, il permet aux autres instances internationales (G7, G8, G20…) de s’en désintéresser et de continuer à prendre des décisions contraires à l’intérêt du climat.

Plusieurs lectures de la question climatique sont donc possibles : la lecture géopolitique est ignorée, voire taboue et la lecture environnementale est réductrice. Cette analyse aboutit à des propositions reposant sur deux idées clés. Partant du principe qu’il faut attendre plus de résultats réels de certains états (états forts, qui ont les moyens financiers et politiques de mesures volontaristes) plutôt qu’un hypothétique processus mondial qui sera toujours freiné par certains membres, les solutions tiennent sans doute plutôt d’une approche polycentrique et multi échelles. Par ailleurs, la clé réside dans le désenclavement de la question climatique afin que l’enjeu soit pris en compte non seulement dans les politiques environnementales mais dans toutes les instances de gouvernance internationale.

  • Le rôle des scientifiques dans ces COP a-t-il évolué au fil des ans ? Si oui, dans quel sens ?

Les sciences, comme la climatologie et l’ensemble des sciences dites « dures », ont joué un rôle très important pour faire émerger le problème climatique et le porter au devant de la scène internationale, un rôle d’alerte auprès des Etats et du public. En ce sens, l’action du GIEC a été très positive.

Il faut aussi souligner que les scientifiques ont été attentifs aux préoccupations des pays du sud dans les années 90, alors même que la gouvernance Onusienne ne les intégrait pas encore. La communauté scientifique a développé des programmes de recherche ainsi que certaines alliances entre chercheurs, ONG et pays du sud, pour mettre en lumière et caractériser leurs vulnérabilités spécifiques, leurs capacités d’adaptation et leur potentiel d’atténuation des émissions en regard des enjeux de développement. C’est un autre rôle très important qu’a joué le GIEC. Et c’est un rôle qu’il continue à jouer en accordant de plus en plus d’importance au groupe II, le plus à même de répondre aux inquiétudes des pays les plus vulnérables.

Au delà, les scientifiques restent dans leur rôle non prescriptif : ils posent des constats, éclairent les conséquences des choix possibles, mais ce sont bien les politiques qui doivent décider. C’est la limite du rôle des chercheurs, qu’il convient de réaffirmer. La science ne peut constituer le seul moteur de ce processus de négociations et la politique doit reprendre toute sa place au cœur du processus.

Souvent les scientifiques pensent que c’est parce qu’on ne comprend pas assez la question climatique que cela n’avance pas. Mais le scepticisme n’est pas (ou n’est plus) le problème majeur, aucun pays n’est ouvertement sceptique. Les plus fortes oppositions aux politiques climatiques ne viennent pas d’un manque de compréhension de la science mais plutôt des lobby, notamment industriels, des intérêts économiques et des inerties. D’où cette nécessité de repositionner la question dans le champ de la politique.

  • Qu’apporte le regard des sciences humaines et sociales sur un processus de négociation ?

Compte-tenu de ce que je viens d’exposer, les sciences humaines et sociales, les sciences politiques ont un rôle important à jouer. Par nature, elles se préoccupent du politique, de l’humain, de l’acceptabilité sociale des mesures. Elles doivent donc introduire ce regard dans la prise en compte du changement climatique, analyser de manière réflexive et critique l’évolution du processus international pour qu’il renoue avec la réalité du monde et l’aider à s’extraire d’une approche trop environnementaliste pour affronter les enjeux multiples du problème.

* En janvier 2015, Amy Dahan et Stefan Aykt publient « Gouverner le climat ? 20 ans de négociations internationales » aux Presses de Sciences Po. Un ouvrage de référence sur le changement climatique et les questions stratégiques qu’il pose : rapports entre science et politique et rôle des experts, évolution de la géopolitique du climat, transition énergétique en Europe, aux États-Unis et dans les grands pays émergents, articulations entre problème climatique et globalisation, entre adaptation et développement.

Interview : Valérie Masson-Delmotte

Valérie Masson-Delmotte est chercheur sénior CEA au LSCE (Laboratoire de Science du Climat et de l’Environnement). Elle est paléo-climatologue et a contribué au 5ème rapport du GIEC, en tant qu’auteur principal pour le résumé pour décideurs, le résumé technique du groupe I et la co-coordination du chapitre sur les climats passés. Elle est particulièrement engagée dans des activités de vulgarisation et d’information du grand public et notamment des jeunes.

  • L’opinion publique peut-elle jouer un rôle au moment de la COP21 ?

Les sciences du climat ont apporté des progrès majeurs dans la compréhension du fonctionnement du système climatique, ses variations passées et récentes, et construisent des outils de modélisation pour anticiper les risques d’évolution future. Il est pour moi essentiel que ces connaissances sortent du champ purement scientifique et soient intégrées le plus possible dans une « culture générale ». De nombreux collègues sont très actifs pour partager ces connaissances avec le grand public et pour qu’elles soient intégrées dans les cursus de formation (éducation nationale, formations professionnelles et enseignement supérieur). C’est un processus de long terme. J’observe souvent un décalage entre la perception des enjeux par les décideurs et par les jeunes générations, qui ont déjà intégré ces enjeux. La perception des enjeux du changement climatique est variable selon les pays. De manière très préoccupante, c’est un sujet qui est politiquement clivant dans plusieurs pays, comme les Etats Unis. En Europe, en France, les enquêtes d’opinion montrent que cette opinion publique est préoccupée des enjeux du changement climatique, et en attente de solutions.

La COP21 est l’occasion de mettre sur le devant de la scène les enjeux liés au changement climatique, dans le cadre de négociations internationales complexes. Les difficultés associées à ces négociations sont déjà bien identifiées. D’une part, les engagements volontaires de nombreux pays ne seront pas compatibles avec les trajectoires requises pour respecter l’objectif inscrit dans les traités internationaux, c’est à dire le fait de limiter le réchauffement à 2°C par rapport au climat de la fin du 19ème siècle. D’autre part, les financements du « fond vert » pour aider les pays du sud au développement d’énergies non carbonées et pour leur adaptation sont largement insuffisants par rapport aux objectifs issus des dernières négociations sur le climat.

Alors que l’objectif des négociateurs est de parvenir à un accord politiquement acceptable, le risque est important que ce « plus petit dénominateur commun » soit donc insuffisant par rapport aux conséquences du changement climatique, et donc acte un renoncement à limiter l’ampleur du réchauffement. Les connaissances scientifiques sont importantes pour décrypter les politiques climatiques, au-delà des discours, et donc fournir à l’opinion public des clés pour une analyse lucide des engagements politiques. Cela demande aussi de mettre en place des outils précis de suivi, d’évaluation, de vérification du respect de ces engagements.

Il est difficile d’évaluer l’importance de l’opinion publique pour la COP21. La pression de la société civile et des acteurs économiques peut déjà s’exercer sur les objectifs retenus par chaque pays. Je pense que cette pression de l’opinion publique est également essentielle à l’échelle locale, vis à vis de l’ensemble des décisions publiques qui sont liées aux enjeux climat. La pression de l’opinion publique sur le respect des engagements volontaires me semble aussi importante, pour que les actes soient en accord avec les discours.

  • Pensez-vous que le public est bien informé sur les enjeux du changement climatique ? Et sur ceux de la COP21 ?

Malheureusement, ce n’est pas le cas. Les informations glanées par tout un chacun sur le changement climatique au fil de l’actualité sont extrêmement parcellaires et souvent ne donnent pas une vision d’ensemble de ces enjeux. Il existe également beaucoup d’idées reçues et de confusion. Par exemple, un grand nombre de Français mélangent le trou de la couche d’ozone stratosphérique et l’effet de serre. C’est pour cela que le fait d’avoir, à un moment donné, une formation autour des enjeux climat est important pour fournir des repères permettant ensuite de comprendre l’évolution des connaissances et des enjeux. Beaucoup de décideurs politiques n’ont pas intégré l’inertie du cycle du carbone et du système climatique et donc l’irréversibilité des changements induits par les rejets de gaz à effet de serre, ainsi que la nécessité d’agir très vite pour stabiliser la trajectoire d’évolution du climat.

Les enjeux des négociations climatiques restent flous pour beaucoup de personnes, comme en témoignent les questions qui me sont posées lors de conférences publiques. Il y a une vraie attente pour décrypter les impacts réels des politiques climatiques passées, et comprendre ce qui fonctionne, et ce qui ne fonctionne pas. Je suis particulièrement préoccupée par le risque de décrédibilisation des institutions politiques auprès de la jeunesse, dans le cas d’accords très peu contraignants après la COP21.

  • La conférence sur le climat de 2009 a permis de porter sur le devant de la scène la notion de services climatiques. En 2015, quels sont les nouveaux enjeux pour la climatologie ? Est-ce l’accès à l’information non plus pour les acteurs (collectivités, entreprises, institutions…) mais pour le citoyen ?

Effectivement, la mise en place d’outils permettant de disséminer très largement les informations climatiques est l’un des enjeux pour la communauté scientifique. La faiblesse des engagements volontaires suggère une perturbation croissante du système climatique, ce qui renforce le besoin de connaissances pour donner sens aux évènements météorologiques ponctuels, et pour guider les stratégies d’adaptation. En même temps, la construction d’outils précis de diagnostics des politiques climatiques me semble également un enjeu majeur pour la communauté scientifique.

Je voudrais conclure en disant qu’à mon sens, une COP21 réussie serait aussi le démarrage d’une mobilisation dans la durée.